COORDINATEUR

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ENTRE PAYS D’ACCUEIL ET PAYS D’ORIGINE

Par la force des choses, bon citoyen togolais que je fus,  je suis devenu togolais citoyen du monde par mon parcours migratoire.

Tout a commencé  dès ma première rentrée universitaire en 2003 à Lomé, capitale de mon pays le Togo. Nous étions donc dans les dernières années du règne de l’un des dictateurs les plus connus au monde Eyadema Gnassingbé. Parler de cet homme c’est poser le décor ou le cadre qui fonde les raisons de mon exil du pays natal. Ainsi pour avoir milité du côté des autres délégués à l’université de Lomé en réclamant de meilleures conditions de vie et d’étude pour les étudiants togolais, je fus contraint de prendre le chemin de l’exil pour éviter d’y laisser ma peau.

Le Burkina Faso de Thomas Sankara fut mon premier pays d’accueil dans mon périple migratoire. Après l’arrestation sous mes yeux du numéro 1 de notre lutte estudiantine le 20 décembre 2004, je fus recherché avec quelques délégués par les milices et polices du gouvernement. Grâce à la Ligue Togolaise des Droits De l’Homme (LTDH) nous avons pu bénéficier d’une protection qui nous a conduit au Burkina Faso.

Nous arrivâmes au pays des hommes intègres le 02 février 2005 et à notre grande surprise le dictateur Gnassingbé décéda 3 jours après. La joie d’un retour nous a soudainement inondé mais cette joie fut de courte durée car dans la nuit du 05 février 2005, la France avec ses sbires de l’armée togolaise vont orchestrer un coup de force en plaçant Faure Gnassinbgé, l’un des fils du dictateur, au pouvoir. Pour conclure cette première phase, tous les togolais de la diaspora dès lors ont compris que leur séjour en exil venait de se prolonger pour une durée illimitée.

Le 07 février 2007 j’arrivai en Suisse après plusieurs errances entre Burkina Faso et Ghana. J’ai réussi à obtenir un laissez-passer via l’ambassade de Suisse à Accra (Ghana). Situation qui n’est  plus  possible aujourd’hui à cause d’une votation qui a supprimé ce droit aux demandeurs d’asile. Si cela avait été le même cas en 2006, année où j’ai déposé ma demande d’asile à l’Ambassade d’Accra, il m’aurait été impossible d’arriver en Suisse sauf par miracle via la traversée de la méditerranée.

Tout compte fait, je n’ai jamais rêvé de venir m’installer en Europe ou hors de mon pays. J’aime bien le Togo et toutes mes préférences sont pour mon pays. Être demandeur d’asile ou réfugié est un acte fort que certaines personnes des pays d’accueil ignorent. Être réfugié ou demandeur d’asile c’est accepter de perdre son identité pour revivre de nouveau. Dans le cas contraire c’est accepter de mourir ou d’effacer son existence chez soi.

Revivre de nouveau ne se sert pas sur un plateau doré. Dès mon arrivée en Suisse, je fus contraint de passer par le centre d’enregistrement de Vallorbe. Je pense qu’il faudrait pour un refugié ou demandeur d’asile, vivre sur une île solitaire. Je me rappelle bien que c’est avec des chants de louange à Dieu que j’ai posé mes premiers pas sur le sol helvétique. « Rêve trop beau, hélas, pour se réaliser », j’ai compris très tôt ce que me réservait la Suisse. Pas de structure d’accueil à l’aéroport international de Genève. Après le contrôle d’entrée qui s’était fait tranquillement, une fois sorti de l’aéroport, c’est à ce moment que j’ai réalisé qu’au fait je ne savais pas où j’allais. Le temps de le savoir à Vallorbe il était 21 h alors que mon avion Afriqiyah (compagnie libyenne interdite de vol aujourd’hui) me posait vers 6h du matin à Genève. Dans mon pays, j’ai eu à faire face à la police et à l’armée, mais je n’ai jamais eu de frayeur pour ma vie comme la fouille systématique que j’ai eue avant de gagner une chambre à coucher à Vallorbe. Si je vous parle de ces étincelles dès mon arrivée en Suisse, je vous laisse imaginer ce que j’ai eu à endurer de 2007 à 2012 avant d’être en possession d’un permis de séjour B.

L’objet de ce témoignage est de faire ressortir le rôle qu’a joué l’Association Passerelles dans mon intégration en Suisse.  Après Vallorbe, le canton de Fribourg me fut vite attribué. J’ai connu donc l’association Passerelles par le truchement de Monique Perrittaz, membre fondatrice de l’association, qui dans le temps était fonctionnaire pour la Croix-Rouge qui avait le mandat de s’occuper des requérants d’asile. Mon implication active dans l’Association m’a fait oublier l’idée d’une île solitaire. Passerelles est pour moi une formule magique qu’il faut pour vivre dans une fournaise ardente sans se faire brûler. J’ai pu créer mon espace en Suisse en adhérant à cette association. Comme personne bénévole j’ai pu intégrer vite le Comité en 2008. En somme après 4 ans de bénévolat actif, je suis devenu Coordinateur. Les débuts de toute chose sont très difficiles, je vis du chaud et du froid et pourtant ce qui fait la valeur de cette Association c’est cette chaleur humaine trouvée à mon arrivée que j’essaie de donner à mon tour à toute personne qui frappe à notre porte.

Après 7 ans d’exil, j’ai pu revoir ma famille grâce à l’association Passerelles. En 2014, j’ai effectué une visite au Togo où la joie de retrouver mes parents fut mêlée de la tristesse de vie des togolais. Tout comme dans plusieurs pays où sévit la dictature, seule une minorité s’accapare la richesse du peuple et met la majorité dans la servitude où quiconque ne veut pas servir le pouvoir s’offre gratuitement à la misère et à la pauvreté. La vie de mon peuple est miséreuse. Avec mon nouveau regard nuancé de l’Occident, je me demande si je suis étranger ou fils du pays ? Après 5 semaines de séjour, j’ai compris que nous autres de la diaspora, nous sommes condamnés à l’exil pour un temps illimité tant que le désordre politique perdure. Et cette situation reste très peu cernée en Occident car ce désordre est en partie orchestré par certains gouvernements occidentaux qui tirent énormément profit pour leurs peuples. L’Afrique est très convoité à cause de ses richesses qui profitent en grande partie à d’autres. Seule la diaspora compense pour une faible partie ce déséquilibre économique par des devises qu’elle fait entrer directement pour les familles. C’est ainsi qu’il faut voir derrière un africain en difficulté en Occident toute une chaine de personnes en difficulté. Car derrière un africain en Occident ce sont des vies humaines qui sont nourries et assurées chaque jour.    

Je vais finir en remerciant mon ex-collaborateur Joël Schneider sans qui cette tâche me serait très difficile à porter.

Tous unis pour la bonne cause !